Garofano Rosso

30 mars, 2012

Mandingo

Classé dans : tu l'as lu toi? — garofanorosso @ 7:57

Mandingo, ça veut dire Mandingue.

Les Mandingues sont un peuple d’Afrique de l’Ouest (actuel Mali).

Et Mandingo est un roman, écrit par Kyle Onstott.

Un roman d’une dureté extrême sur l’esclavage. C’est mon ami Jean Marie (son blog est là : http://www.passage1.com/) qui m’ avait recommandé ce bouquin, me prévenant quand même de la teneur du texte. Et bé, je n’ai pas été déçue!

Alors, rapidement, ça raconte l’histoire d’une plantation de coton où Warren Maxwell et son fils Hammond « élèvent » des esclaves. C’est un élevage, comme un haras. Onstott raconte la vie de cet élevage avec un langage presque parlé, et surtout avec des mots qu’on n’emploie que pour parler des chiens ou des chevaux. Les esclaves sont considérés comme des animaux. On parle d’étalons, de reproducteurs, de mâles et de femelles, de petits, de noirs de combat… On fait naître des enfants pour les vendre, on ne garde les femelles que tant qu’elles sont fécondes, après, hop, à la réforme, on sélectionne la « race », les Mandingues, les plus beaux spécimens selon les Maxwell, on fait accoupler le fils, la mère et la soeur, pour avoir des pur-sang…

Bref, on est dans le sordide, l’immonde, l’insupportable du début à la fin.

Au milieu de cette ignominie, il y a de l’amour, entre le fils blanc du propriétaire et une esclave noire, croisé avec un mariage sans amour, de la trahison, de la vengeance, de la cruauté… Un roman dans tout ce qu’il a de passionnant.

Mais la véritable violence, c’est dans la façon qu’a Onstott de parler des esclaves, en mettant dans la bouche des blancs du roman des mots que l’on n’emploie effectivement plus que pour des animaux. C’est insupportable, honnêtement. Mais par ce biais, il parvient à nous montrer toute l’abomination de l’esclavage d’abord, et du racisme ensuite. Les blancs de ce roman « aiment » « leurs » (les guillemets sont indispensables là ) noirs, comme on aime ses chiens, de la même manière, les flattant, les récompensant, les corrigeant,  comme on le fait avec des animaux qu’on aime, certes, mais comme des animaux quand même…

Onstott était éleveur de chiens, lui même, et ça se sent dans son roman. Il parvient à nous montrer toute l’horreur de la condition d’esclave, sans utiliser la facilité de la violence qu’on trouve souvent dans ce genre de récit.

Là, une seule scène est d’une extrême cruauté, mais tout le bouquin est comme une coulée de plomb fondu dans la gorge.

Je le recommande vivement. Evidemment.

 

26 octobre, 2011

Résurrection

Classé dans : tu l'as lu toi? — garofanorosso @ 8:20

Après m’être évadée pendant 2 mois dans la Russie tsariste en proie aux ambitions de Napoléon 1er avec Guerre et Paix, j’ai eu dans l’idée de poursuivre ma petite histoire d’amour avec Tolstoï, car je dois bien avouer que je me suis laissé prendre complètement et entièrement par l’histoire et par l’Histoire de ce monument de la littérature mondiale qu’est, donc, Guerre et Paix.

Si bien que, lorsque j’ai entamé ma relation avec Résurrection, ben, j’ai eu l’impression de trahir Guerre et Paix et ses personnages ! Ca n’a pas duré longtemps, évidemment, mais j’ai eu ce sentiment. D’autant plus que, si Guerre et Paix te plonge d’entrée dans les liens familiaux, amicaux, financiers, que sais-je encore, de dizaines de personnages, Résurrection lui, semble jouer la facilité et tourne autour de deux personnages seulement : l’héroïne malgré elle, Katioucha, pauvrette très belle, accusée de meurtre alors qu’elle gagnait sa pauvre vie dans un bordel après avoir été séduite, engrossée, et délaissée par le prince Nekhlioudov (le deuxième personnage clé du roman) dont elle était amoureuse.

Bref, ça commence mal.

Katioucha est donc sur le banc des accusés, risque la déportation en Sibérie, et Nekhlioudov est juré à son procès. Ils se retrouvent donc à cette occasion.

Il semble que tout le monde soit convaincu de l’innocence de la jeune femme mais une erreur dans le rendu du verdict la condamne quand même à la déportation en Sibérie. C’est à partir de là que Nekhlioudov va tout entreprendre pour sauver Katioucha et par la même pour se sauver lui même. Il est persuadé que si elle en est arrivée là, c’est sa faute à lui, c’est lui qui l’a séduite, qui a couché avec elle, qui lui a fait un enfant – qu’elle a perdu – , qui l’a abandonnée à son sort de fille mère. Sort funeste qui a fait perdre à la jeune fille sa place de bonne chez les tantes du Prince Nekhlioudov chez qui il l’avait rencontrée, et qui l’a conduite irrémédiablement à la prostitution pour survivre.

Le prince va donc tout tenter pour la sortir de sa situation. Il va voir toutes les administrations, les juges, les sénateurs, les avocats pour faire rejuger l’affaire, il se rend à la prison où est incarcérée Katioucha, lui explique qui il est (elle s’en souvenait cependant), ce qu’il fait et ce qu’il veut faire : la sauver, même malgré elle, et l’épouser pour lui rendre un peu du bonheur auquel elle aurait pu prétendre si elle n’avait pas croisé sa route.

Je ne te raconte pas toute l’histoire mais, ce qui est important, c’est ce qui est dit entre les pages de l’histoire romancée.

Résurrection c’est une tribune pour Tolstoï pour dénoncer la justice, les prisons, le servage, la propriété, les emprisonnements politiques, la corruption des fonctionnaires, la religion ridicule et sans véritable foi, la cruauté des hommes, des lois, du système, la bêtise de l’armée, du service militaire…

Tout y passe. A tel point que des passages entiers, des chapitres complets ont été censurés lors de la publication du livre. Aujourd’hui, ces passages apparaissent entourés de crochets, c’est impressionnant.

Il faut dire que Tolstoï n’y va pas avec le dos de la cuillère, il ne prend pas de gants et même aujourd’hui encore, son ton passe pour carrément politiquement incorrect.

Vi, vi, vi, Tolstoï !

Quand il parle du monde carcéral, il parle de dépravation, de cruauté, et même de cannibalisme, mais il emploie le même champ lexical pour parler des fonctionnaires, de la justice, de l’armée, de l’église. Par moments, on se demande si ce brave Léon n’est pas anar, ou du moins, un sacré révolutionnaire ! Ca surprend !

La moralité de Résurrection montre que non, enfin, du moins, pas dans le sens où on l’entend nous aujourd’hui, mais sa théorie de l’amour qu’il met dans la tête du Prince Nekhlioudov dans les dernières pages du roman a bien quelque chose de révolutionnaire malgré tout.

Donc, je te recommande chaudement la lecture de cette œuvre magistrale, considérée actuellement comme le plus grand roman de Tolstoï.

Perso, en attendant de recevoir Mandingo, œuvre sur l’esclavage que m’a recommandée Jean Marie ( http://www.passage1.com/  ) , je vais me replonger dans un autre bouquin qui fleure bon la douceur, le sucré et la soie : Voyage au bout de la nuit, de Céline.

21 septembre, 2011

Guerre et Paix

Classé dans : tu l'as lu toi? — garofanorosso @ 12:54

Ces derniers mois, après avoir dévoré avec passion et gourmandise les 13 tomes de Fortune de France de Robert Merle, je m’étais plongée corps et âme dans la légende de la quête du Graal et des chevaliers de la Table ronde, puis, avec plus de passion encore, dans des ouvrages de référence sur les Cathares. Je dévorais de toutes mes dents et j’ai adoré ça.

Puis, un soir, j’ai fait une pause et j’ai regardé la télé. Je dispose de la chaîne Paris Première qui diffuse parfois le programme court Caméra Café. Elle diffuse aussi la version 2 de la série, Caméra Café 2, la bien nommée. Bon, je regarde ce programme, avouons-le. Et bien m’en a pris, car c’est grâce à cette série, au contenu culturel assez limité, que j’ai eu envie de me replonger dans la lecture d’un auteur que j’avais découvert et beaucoup aimé il y a fort longtemps, Tolstoï. En effet, les personnages de la série télé parlaient de Guerre et Paix, et je me suis dit – avec honte et effroi – que je n’avais pas encore lu ce monument de la littérature mondiale et que ça ne pouvait pas durer.

Ni une ni deux, je me munis du tome 1 et je me lance.

Bon, je dois t’avouer que j’ai pédalé dans la semoule comme il faut au début. A tel point que j’ai abandonné et que c’est seulement 10 jours après que j’ai repris la lecture depuis le début, avec un papier (heu, 17 papiers) et un stylo pour noter tous les personnages du livre… Et là, j’ai pu avancer dans la lecture. Parce que Tolstoï semble s’amuser à nous perdre avec ses dizaines de personnages, et comme si cela ne suffisait pas, les noms russes ont des diminutifs, des surnoms, se doublent de deux ou trois prénoms, ce qui fait qu’un personnage peut avoir cinq ou six démonimations différentes. Si tu loupes un surnom, c’est foutu, tu ne pigeras plus rien!

Et c’est ainsi qu’armée de papier et de stylo, j’ai arpenté les rues de Petersbourg, de Moscou, j’ai crapahuté sur les berges de la Berézina, j’ai suivi les soldats russes, français, allemands, autrichiens de 1805 à 1812, j’ai appris des tas de choses sur les guerres napoléoniennes, et j’ai dévoré les 1400 pages de cette somme sans m’en apercevoir. Parallèlement, je me suis penchée sur la bataille d’Austerlitz, sur l’Europe napoléonienne, sur la vie de Tolstoï, sur la révolte des Décembristes, sur des tas de choses qui font et sont Guerre et Paix. Et je me suis également plongée dans Guerre et Paix, le film de Vidor, que je vais pouvoir regarder maintenant que j’ai terminé le bouquin, et imaginer Audrey Hepburn, Henry Fonda, Mel Ferrer et tant d’autres m’a pas mal aidée aussi à ne pas me perdre dans les méandres des aventures historico- sentimentales de Natacha, Pierre, André, Nicolas et autres.

Mais ce que j’ai le plus apprécié je crois dans ce bouquin, ce sont les « interventions » directes de Tolstoï, ses points de vue sur la guerre, sur l’histoire, sur les historiens (qu’il ne semble pas porter dans son coeur…), sur les « grands hommes », sur les grands moments de la vie des peuples. Ce sont des digressions passionnantes qui font que l’on se sent intimes avec Tolstoï, on est chez lui, il nous raconte l’histoire des Rostov, Bezoukhov, Bolkonski, Kouraguine et consorts, et de temps en temps, il nous propose de faire une pause, de prendre un chocolat chaud et il nous fait part de ses idées personnelles sur Napoléon, le Tsar, la Russie, l’Europe, l’Histoire… Le tout sans mâcher ses mots, et même avec une pointe d’ironie qui crée cette intimité.

Il a fallu 34 ans pour que je lise cette oeuvre magistrale à tous points de vue – rien que par son volume déjà – mais je suis heureuse de l’avoir fait. A tel point que je vais enchaîner avec ce qui semble être l’oeuvre majeure de Tolstoï, à savoir Résurrection. Je te raconterai si tu veux. Et puis, si j’ai le courage, je relirai Anna Karénine.

Après ça, peut être que je ferai une pause avec la littérature russe. Et que je tenterai, pour la troisième fois, de lire Le Bruit et la Fureur de Faulkner… De toute façon, j’ai un Dostoïevski qui m’attend dans ma bibliothèque…

21 juin, 2011

Libre d’être Reclus, l’épilogue

Classé dans : tu l'as lu toi? — garofanorosso @ 8:03

Amer et symbolique l’épilogue… 

Epilogue:

HC:

« En 1923, Ishimoto, un savant japonais, voulut ouvrir à Tokyo un Institut de géographie Elisée-Reclus.

Dix années de travail en Belgique: toute la bibliothèque du savant fut emballée et expédiée. Les 40 000 pièces du catalogue semblaient à la ville de Bruxelles inutiles et même encombrantes.

Quand les caisses arrivèrent sur le quai de Yokohama, elles furent accueillies par un tremblement de terre. La bibliothèque d’Elisée Reclus s’envola en fumée au cours de l’anarchique et imprévisible incendie de Yokohama. »

 

Bien, voilà, j’espère que tu ne t’es pas trop ennuyé à lire ces passages entiers de cette biographie.

Personnellement, je me suis régalée, et je ne pouvais pas ne pas te faire partager ce bon moment.

Je te rappelle la source de ces papiers : Henriette Chardak, « Elisée Reclus, l’homme qui aimait la Terre« , Stock.

20 juin, 2011

Libre d’être Reclus! 3

Classé dans : tu l'as lu toi? — garofanorosso @ 9:00

Le gros pavé arrive.

Reclus, c’est avant tout un anarchiste et un pourfendeur de l’exploitation de l’homme par l’homme:

 Anarchisme:

Bakounine

« Si Dieu est, l’homme est esclave, or l’homme peut et doit être libre, donc Dieu n’existe pas. »

Reclus dans le journal Le Travailleur :

« L’Etat, tel qu’il existe, vous avouerez que l’édifice est d’aspect assez laid, et vous comprenez qu’il nous tarde de le démolir. Nous en avons assez de ces rois élus par la grâce de Dieu ou nommés par la volonté du peuple, de ces plénipotentiaires ou ministres, responsables ou irresponsables, de ces législateurs qui se sont fait accorder, soit par le prince, soit par un troupeau d’électeurs, leur « part de  royauté »; de ces magistrats qui vendent au plus offrant ce qu’ils appellent la « justice », de ces prêtres qui représentent Dieu sur terre, promettant des places en paradis à ceux qui se font leurs esclaves, de ces grossiers sabreurs qui demandent, eux aussi, une obéissance absolue de l’intelligence et de la morale personnelle chez tous ceux qui ont le malheur d’emboîter le pas dans leurs bataillons, de ces propriétaires ou patrons qui disposent du travail, et par conséquent, de la vie de la foule immense des faibles et des pauvres. Nous en avons assez de toutes ces formules religieuses, juridiques ou prétendues morales, qui nous enferment et maintiennent nos esprits dans la servitude, assez de cette affreuse routine qui est le pire de tous les gouvernements et le mieux obéi. »

Reclus, 1885, dans une une dédicace à Henry Seymour, anarchiste anglais qui publie le journal The Anarchist:

« Nous ne reconnaissons plus ce que l’on appelle « patrie » et qui, dans son acceptation accoutumée, représente la solidarité des crimes de nos ancêtres contre d’autres pays, ainsi que des iniquités dont nos gouvernements respectifs se rendirent coupables. Pour fonder une société nouvelle, il faut d’abord désavouer toute oeuvre de sang »

Reclus, septembre 1885:

« Voter, c’est abdiquer: nommer un ou plusieurs maîtres pour une période courte ou longue, c’est renoncer à sa propre souveraineté. Voter, c’est être dupe: c’est croire que des hommes vont acquérir soudain au tintement d’une sonnette la vertu de tout savoir et de tout comprendre, quand l’Histoire enseigne au contraire que le pouvoir a toujours affolé, le parlotage a toujours abêti. Voter, c’est évoquer la trahison: dans le premier moment; l’élu s’incline devant l’électeur et peut-être trop bas, demain il se redressera et peut-être trop haut. Il mendiait des votes, il donnera des ordres. N’abdiquez donc pas, ne remettez pas vos destinées à des hommes forcément incapables et à des maîtres futurs. Ne votez pas! Au lieu de confier vos intérêts à d’autres, défendez-les vous mêmes, au lieu de prendre des avocats pour proposer un mode d’action future, agissez… »

Reclus:

« Au fond, l’anarchie n’est que la tolérance parfaite, la reconnaissance absolue de la liberté d’autrui. Et si l’humanité peut se débarrasser de tous ses éducateurs, prêtres, académiciens, polytechniciens et rois, si elle ne périt pas comme une fleur avortée, son épanouissement sera l’Anarchie entre frères. »

Reclus, 1901, au journal anarchiste espagnol, La Huelga General:

« Ni patron, ni chef, ni apôtre au langage considéré comme parole d’Evangile; fuyez les idoles et ne cherchez que la seule vérité dans les discours de l’ami le plus cher, du plus savant professeur. Si, l’ayant entendu, vous conservez quelque doute, descendez dans votre conscience et recommencez l’examen pour juger en dernier ressort.

Donc, repousser toute autorité, mais s’astreindre au respect profond d’une conviction sincère, vivre sa propre vie, mais reconnaître à chacun l’entière liberté de vivre la sienne. »

Contre l’exploitation des hommes:

Reclus, Genève, 1876, (Reclus a été exilé pour ses activités lors de la Commune)

Petite parenthèse : « A Paris, l’Opéra est achevé et on consacre le Sacré-Coeur en juin 1875. On ose commémorer la mort des Communards! Les « modestes offrandes » bénies par l’Assemblée officialisent la mort de la Commune. Le haut lieu de la défaite ressemblera à un gâteau blanc qui n’effacera pas le rouge du sang versé. Reclus n’est pas de cette France là. »

Revenons à notre discours de Genève :

« Machines, chevaux et hommes sont utilisés de la même manière: on voit en eux autant de forces, évaluées en chiffres, qu’il faut employer au mieux du bénéfice patronal, avec le plus de produits et le moins de dépenses possible. Les écuries sont disposées de telle sorte qu’au sortir d’un même édifice, les animaux commencent à creuser le sillon de plusieurs kilomètres de long qu’ils ont à tracer jusqu’au bout du champ: chacun de leur pas est calculé, chacun rapporte au maître. De même, tous les mouvements des ouvriers sont réglés à l’issue du dortoir commun. Là, point de femmes ni d’enfants qui viennent troubler la besogne par une caresse ou par un baiser. Les travailleurs sont groupés par escouades ayant leurs sergents, leurs capitaines et l’inévitable mouchard. Le devoir est de faire le travail commandé, d’observer le silence dans les rangs. Qu’une machine se détraque, on la jette au rebut, s’il n’est pas possible de la réparer. Qu’un cheval tombe et se casse un membre, on lui tire un coup de revolver dans l’oreille et on le traîne au charnier. Qu’un homme succombe à la peine, qu’il se brise un membre ou se laisse envahir par la fièvre, on daigne bien de ne pas l’achever, mais on s’en débarrasse tout de même: qu’il meure à l’écart sans fatiguer personne de ses plaintes. A la fin des grands travaux, quand la nature se repose, le directeur aussi se repose et licencie son armée. L’année suivante il trouvera toujours une quantité suffisante d’os et de muscles à embaucher; mais il se gardera bien d’employer les mêmes travailleurs que l’année précédente. Ils pourraient parler de leur expérience, s’imaginer qu’ils en savent autant que le maître, obéir de mauvaise grâce, qui sait? s’attacher peut-être à la terre cultivée par eux et se figurer qu’elle leur appartient. »

Ravachol, anarchiste, 1892, à son procès pour attentats à la bombe:

« Si je prends la parole, ce n’est pas pour me défendre des actes dont on m’accuse, car seule la société, qui par son organisation met les hommes en lutte continuelle les uns contre les autres, est responsable… Je n’ai pas à hésiter, lorsque j’ai faim, à employer les moyens qui sont à ma disposition, au risque de faire des victimes! Les patrons, lorsqu’ils renvoient des ouvriers, s’inquiètent-ils s’ils vont mourir de faim? Tous ceux qui ont du superflu s’occupent-ils s’il y a des gens qui manquent du nécessaire?

La femme Souhain a donné la mort à ses enfants pour ne pas les voir souffrir plus longtemps, et toutes ces femmes qui, dans la crainte de ne pouvoir nourrir un enfant, n’hésitent pas à compromettre leur santé et leur vie en détruisant dans leur sein le fruit de leurs amours! Toutes ces choses se passent au milieu de l’abondance. Les boucheries sont bondées de viande, les boulangeries de pain, il y a des logements inoccupés! Comment admettre que tout est bien dans la société, quand le contraire se voit d’une façon aussi claire! »

Reclus, à propos des grèves de Carmaux (1892):

« Quand on couche comme moi dans un bon lit, au chaud et en famille, aimé de tous, on ne s’amuse pas à faire de la morale édulcorée façon Jules Simon. Voyez-vous, quand on dort sur une paillasse la faim au ventre, la mort dans l’âme, eh bien! On peut vouloir rendre cette mort qui rôde à celui qui en représente la cause. »

Emile Henry, jeune aristocrate, anarchiste, admissible à Polytechnique, poseur d’une bombe en novembre 1892 contre le siège des mines de Carmaux à Paris; lors de son procès:

« On m’avait dit que les institutions sociales étaient basées sur la justice et l’égalité, et je ne constatais autour de moi que mensonges et fourberies. Chaque jour m’enlevait une illusion. Partout j’étais témoin des mêmes douleurs chez les uns, des mêmes jouissances chez les autres. L’usinier qui édifiait une fortune colossale sur le travail des ouvriers, qui eux manquaient de tout, était un monsieur honnête. Le député, le ministre dont les mains étaient toujours ouvertes aux pots-de-vins, étaient dévoués au bien public, l’officier qui expérimentait le fusil nouveau modèle sur des enfants de sept ans avait bien fait son devoir, et en plein Parlement, le président du Conseil lui adressait ses félicitations! Tout ce que je vis me révolta, et mon esprit s’attaqua à la critique de l’organisation sociale. »

A suivre…

18 juin, 2011

Libre d’être Reclus! 2

Classé dans : tu l'as lu toi? — garofanorosso @ 8:58

La suite, donc :

 Conscience écologique:

Henriette Chardak

« Reclus a en horreur ces faubourgs qui abritent les industries manufacturières. La laideur des cheminées puantes, les rues noires, les constructions soit aveugles, soit percées d’innombrables fenêtres à l’écoeurante symétrie lui rappellent l’Amérique minière. En s’endormant, il se dit que, si l’homme sacrifie toujours la nature, la spéculation engloutira peut-être un jour jusqu’aux chutes du Niagara, que l’air vicié sera irrespirable. »

Reclus:

« Bientôt aigles, vautours et gypaètes n’existeront plus que dans nos musées, note-t-il; déjà on ne voit plus qu’un seul nid d’un oiseau solitaire et méfiant, vieillard à demi perclus, dévoré de parasites. L’ourson cabrioleur, le loup ont déjà disparu. »

Reclus:

« Eh bien, justement, tu serais étonné de savoir à quel point la terre nourricière, lorsqu’elle est bafouée, devient terrifiante pour l’homme. Prends les Alpes françaises. En général, ces montagnes sont composées de roches très dures, alternant avec d’autres assises qui se délitent facilement sous l’action des eaux. Les marnes, les schistes désagrégés et d’autres matériaux friables sont graduellement délayés, et leur chute entraîne celle des assises compactes du sommet qui s’écroulent ou glissent lentement dans les vallées. C’est très préoccupant… »

Une vision de la politique actuelle et future (genre 2012…) :

Pierre Faure, époux d’une des soeurs de Reclus discutant avec celui-ci:

« En fait, tu fais la distinction entre ceux [ les personnages] qui sont conciliables et ceux qui sont inconciliables avec nos idéaux. » (en gros, choisir le moins immonde, quoi… = votre dévouée dans l’isoloir en mai prochain…)

Humanisme:

Reclus à son neveu Paul (fils d’Elie)

« Fais en sorte; lorsque tu choisiras ta carrière, de pouvoir dire: « je suis un citoyen utile, je ferai du bien. Nous ne valons que par le bien que nous faisons. »

Le travail des enfants:

Reclus:

« Et les législateurs, que font-ils? De temps en temps, ils s’occupent de régler le travail des enfants. D’après ces lois, que l’on a l’audace de vanter comme des merveilles de l’humanité, nul patron n’a le droit de faire travailler l’enfant plus de douze heures et de le priver du sommeil de la nuit, « si ce n’est pourtant dans des cas exceptionnels », et l’exception, on le sait, devient toujours la règle. Autant dire qu’il est permis d’empoisonner, mais seulement à petites doses, d’assassiner, mais seulement à petits coups. Voilà la compassion de ces « nobles » législateurs. »

L’éducation:

Reclus dans le tome 2 de sa Géographie Universelle, tome consacré à la France, 1876:

« Pour l’éducation scolaire, la France est encore bien en dessous de plusieurs pays voisins où l’instruction n’est pas censée avoir moins d’importance que la répression. »

Cette phrase dans un discours politique actuel n’aurait pas la moindre ride… C’est un peu triste quand même…

A propos de Thiers:

Le photographe Nadar rapporte les propos du sabreur de la Commune dont il tire le portrait :

« Peut-être ne suis-je devenu un homme d’Etat que parce que la nature m’avait malfaçonné, j’étais d’autant plus décidé à être grand que je n’avais pas la taille. » Tiens, ça a dû arriver à d’autres, ça…

L’affaire Dreyfus:

HC:

« Que pense Reclus, lui le perpétuel accusé, de toute cette « affaire »? Il s’étonne qu’on accuse un simple espion, alors qu’il existe, il en est persuadé, un réseau de traîtres fort bien organisé. Le fameux honneur de l’armée ne sert qu’à masquer la réalité. Les chefs militaires, il en est sûr, vont s’acharner sur un innocent, qui fait un parfait coupable puisque c’est le seul qu’on ait sous la main. »

A suivre…

edit du 20 juin : j’ai donc enlevé le bout d’article consacré à  Ampuria Brava.

16 juin, 2011

Libre d’être Reclus! 1

Classé dans : tu l'as lu toi? — garofanorosso @ 11:55

Aujourd’hui, et pour quelques jours, je te propose, si tu le veux bien, de m’accompagner dans la vie d’un homme singulier: Elisée Reclus.

 D’Elisée Reclus, je dois bien l’avouer, je ne connaissais que le géographe, l’anarchiste et l’acteur de la Commune de Paris. C’est déjà pas mal, me diras–tu, flatteur que tu es. Oui, peut être en effet que peu de monde connaît ne serait-ce que le nom de Reclus. J’ai entendu ce nom pour la première fois, je l’avoue, en hypokhâgne, en cours de géographie.

C’est par la suite, en me coltinant à la Commune, à l’anarchisme, à l’Histoire en gros, qu’Elisée est entré dans ma cervelle.

Du coup, quand j’ai pu tomber sur une belle biographie de Reclus à la bibliothèque, j’ai saisi l’occasion et j’ai dévoré les 600 pages de la vie de Jacques Elisée Reclus, fils de pasteur, né à Ste Foy la Grande (33) le 15 mai 1830 et décédé le 4 juillet 1905 à Torhout en Belgique, frère du grand Elie Reclus, anarchiste et acteur lui aussi de la Commune de Paris.

Dans cette biographie très bien écrite, et facile à lire, on apprend que le petit Elisée a été attiré depuis tout petit par la nature, qu’il passait des jours entiers à contempler les paysages, les rivières, les arbres, les animaux, tout ce qui était sur terre le passionnait.

Le titre de la biographie de Henriette Chardak s’intitule d’ailleurs « L’Homme qui aimait la Terre ».

Il l’aimait d’amour, poussant la communion jusqu’à prôner et à pratiquer autant que possible le naturisme. Il aimait tellement la vie que très jeune, assistant à la tuerie d’un cochon et d’agneaux, il devint végétarien. Il aimait tellement la vie aussi qu’en plus de ne pas supporter la souffrance d’un animal, il ne pouvait encore moins tolérer celle d’un homme, d’une femme et d’un enfant. Le militantisme acharné dans la lutte contre tout sorte d’exploitation de l’homme par l’homme l’a tenu en vie jusqu’au bout: Commune de Paris, lutte incessante pour l’amélioration des conditions de travail et de vie des pauvres, combats pour l’instruction intelligente de tous et de toutes (je précise, car même chez les plus grands humanistes et défenseurs de la race humaine, la femme est souvent oubliée, voire même mise volontairement au ban de la société..), anticolonialisme virulent… L’amour aussi. L’amour des femmes. Toujours des esprits libres, elles aussi, cultivées, curieuses, vivantes, Clarisse, la métisse, Fanny, son plus grand amour (à tel point qu’il signait ses lettres Elisée F. Reclus, pour que sa « femme » soit toujours avec lui), Ermance, qu’il n’aimait pas vraiment mais auprès de qui il a trouvé une certaine stabilité, Florence qu’il a aimée autant que Fanny, sans pour autant se défaire de l’emprise maternelle d’Ermance. Certaines de ses compagnes lui ont donné des enfants, deux sont mortes trop jeunes, mais à aucune il n’a passé la bague au doigt, le mariage, même civil, étant pour lui une incongruité avilissante pour les deux membres du couple. Il a toujours vécu en union libre avec ses compagnes.

Ainsi donc, on a un géographe anarchiste, communard, libre, naturiste et végétarien.

 

Un être libre, en tous points, amoureux de la terre et de ses habitants. Ecologiste avant la mode, aussi. Franc-Maçon en amateur. Initié avec son frère Elie, il a rapidement quitté sa loge, en être trop assoiffé de liberté qu’il était.

Assoiffé de connaissances aussi, qu’il a voulu partager toute sa vie avec le monde entier au travers de dizaines d’ouvrages, de livres, d’articles, de conférences, à travers le monde entier, jusqu’au terme de son existence.

A un moment de ma lecture, j’ai grincé des dents quand même. Ce brave Elisée, si parfait à mes yeux resta longtemps farouchement antisémite. Car pour lui, les Juifs étaient le symbole du capitalisme qu’il haïssait. Et puis, au fil de ses rencontres, des innombrables voyages , et surtout dans la tourmente de l’Affaire Dreyfus, ce trait de pensée- indéfendable pour moi surtout pour un homme qui se disait ami de tous les peuples et qui passa sa vie à combattre tous les racismes- quitta Reclus pour ne plus jamais revenir polluer ce brillant cerveau.

Bref.

J’ai dévoré cette biographie.

Et je ne résiste pas à te citer des passages de cet ouvrage que je te conseille chaudement de lire, des phrases de Reclus qu’Henriette Chardak a pu citer à partir des milliers de lettres et de livres écrits par le géographe, des phrases d’elle-même, bien senties et fidèles, je pense, à l’objet de son étude.

Colonialisme et racisme:

Reclus.

« On se prend pour qui, hein? On s’installe partout et on traite les indigènes comme une sous-race. J’ai vu cela, mes amis! Les Anglais, les Français nient l’égalité entre les hommes. Nous sommes tous les mêmes! Ce bon Voltaire avait raison… Il disait: « nous leur disons qu’ils sont des hommes comme nous, qu’ils sont rachetés du sang d’un Dieu mort pour eux et ensuite on les fait travailler comme des bêtes de somme; on les nourrit mal. S’ils veulent s’enfuir, on leur coupe une jambe, et on leur fait tourner l’arbre des moulins de sucre lorsqu’on leur a donné une jambe de bois. Après, nous osons parler du droit des gens. » »

Reclus, 1885, dans une dédicace à Henry Seymour, anarchiste anglais qui publie le journal The Anarchist:

«Le pillage et le massacre sont autant d’exploits valeureux qui ne peuvent manquer d’enorgueillir les concitoyens des voleurs et des meurtriers. On apprend que des milliers d’hommes ont été passés par l’épée, qu’on a brûlé des villages, que les pieds des chevaux ont foulé des poitrines humaines…, et un ardent frémissement d’enthousiasme étreint le coeur de tous les « bien-pensants », tandis que le clergé entonne des actions de grâce au Dieu des armées.

Et pourtant, l’histoire n’est-elle pas là pour nous apprendre ce qu’ont coûté les annexions, les colonies, c’est à dire la prise de possession de territoires spoliés par la force des armes? Je ne parlerai pas de la France, j’écris dans un journal anglais dont les lecteurs connaissent peu ce qu’ont valu aux Français en fait de bonheur et d’acquisition morale les « Conquêtes et Victoires » de l’Empire français. La nation a durement payé pour tous ces crimes. De même elle a payé pour ses triomphes en Algérie; lorsque les brillants officiers, habitués aux massacres d’Arabes et de Kabyles, revenus à Paris pour exécuter d’autres « sauvages », balayaient les faubourgs de leur artillerie, ainsi qu’ils avaient balayé les pauvres bordjs des Arabes. La France paiera de même pour le Tonkin et Formose. Le reflux de l’histoire amènera le châtiment des fautes commises. »

Reclus :

« En vain tel ou tel patriote essaie de contester le mélange de race à race, chaque homme, surtout les plus fiers de la pureté de leur sang, devraient méditer ceci: nous descendons certainement des marsupiaux et avant des amphibiens, alors! »

Reclus, article pour la revue L’Humanité nouvelle, 1900

« Imaginez les paysans chinois qui cultivent leur sol avec amour depuis quatre mille ans, et qui voient arriver des ingénieurs qui apportent le télégraphe et les voies ferrées… Quel choc pour eux! Mais le pire, ce qu’il faut qu’on sache, c’est que nos bons Blancs considèrent les Jaunes avec tant de miséricorde que, si ces « inférieurs » sont soupçonnés d’avoir la peste ou de souffrir d’une fièvre des marais, ils les soignent à coups de fusil! Oui, on tue, on assassine! Il ne faut pas s’étonner de l’explosion révolutionnaire qui vient de se produire en Chine du Nord. Et pendant ce temps, les diplomates se pavanent en bombant le torse. Ils ne savent pas ce qui les attend, ces carriéristes ignares! La révolution chinoise se prépare et ils commettent des erreurs sans nombre. Je m’attends à des désastres sanglants. Les « Célestes » seront respectés un jour, parce qu’ils se serviront des canons Krupp, ils se défendront. Et surtout on ne pourra pas triompher de la volonté de trois ou quatre cent millions d’hommes! »

Reclus, 1903, à son neveu Paul:

Paul dit: « Mais, mon oncle, nous lui [= l'Afrique] apportons le savoir, la vérité, la foi, la liberté, la civilisation.

Réponse de Reclus : « On ne lui donne pas, on impose! L’intervention de l’Europe devrait, pourrait favoriser la marche de l’humanité vers le progrès. Il faut juste espérer que les « visages pâles » n’apporteront pas que les vices et les maladies. Il y a des hommes honnêtes, comme ton cousin Régnier… L’Algérie pourrait devenir une France nouvelle si la population était homogène. Mais on préfère l’assimilation, l’avilissement par la servitude et le massacre. »

 

A suivre…

 

25 janvier, 2011

L’Ecclésiaste

Classé dans : tu l'as lu toi? — garofanorosso @ 10:01

Parfois, quand je veux m’évader de la saga protestanto-monarchiste de Robert Merle (j’ai attaqué le tome 7, ououh), je me plonge avec délectation et douceur dans L’Ecclésiaste…

Non, ne compose pas le 15 tout de suite, je ne suis pas tombée dans la démence totale, ni la bigoterie maladive.

Non, c’est juste qu’un jour où je prononçais devant mon patron la phrase qui rythme ma vie depuis mes 18 ans, à savoir Vanitas vanitatum et omnia vanitas (en latin, j’aime bien, c’est plus joli), ce dernier me demanda si j’avais lu L’Ecclésiaste, d’où est évidemment issue cette phrase.

Non, je n’avais pas lu cette oeuvre majeure de la Bible. (majeure, mais courte, c’est pratique! )

Séance tenante, je rattrapai 15 années de lacunes en lisant les pensées du roi Salomon.

« Vanité des vanités tout est vanité », donc, mais aussi, « rien de nouveau sous le soleil », « tu es poussière et tu redeviendras poussière »… toutes ces antiennes que l’on mâche et rabache depuis des siècles, sans savoir, bien souvent, d’où elles sortent; elles sont là.

Et bien, voilà qui est fait, je sais à présent d’où viennent ces sentences pas super folichonnes.

Ca pète un peu, ça, citer L’Ecclesiaste, surtout quand on est comme moi bouffeuse de curés et athée jusqu’au bout des ongles…

J’avoue, j’aime bien… Vanité, vanité….

Et pour me souvenir que tout est vanité – comme si entendre un discours de Sarkozy ne suffisait pas à comprendre le double sens de ce mot – j’ai changé de fond d’écran  sur mon téléphone portable… Où va se loger la vanité, me diras-tu?

Oui, j’ai mis en fond d’écran le logo de la marque d’hyper luxe, d’hyper puissance, d’hyper consommation Maybach; les voitures de luxe, à côté desquelles Rolls Royce passe pour une 4L .

maybachlogo.jpg 

Comme ça, je ne perds jamais de vue que l’hyper consommation n’est pas la solution mais que je vis quand même dans une société qui me donne le droit de penser autrement.

Ca va chercher loin parfois les fonds d’écran de téléphones…

5 août, 2010

Absolument débordée!

Classé dans : tu l'as lu toi? — garofanorosso @ 15:00

Dans la série, « tu l’as lu toi? », je voudrais citer le bouquin qui a fait parler de son auteur dans toutes les administrations territoriales , à savoir, le fameux « Absolument dé-bor-dée ou le paradoxe du fonctionnaire » de Zoé Shépard , la Bureautière pour les blogueurs.

Ce livre se dévore, d’une seule traite en quelques heures.

Il s’adresse en priorité aux fonctionnaires territoriaux qui vont s’y reconnaître dès la première page où l’auteur raconte l’oral de son concours d’entrée dans la fonction publique.

Rien ne manque!

Ce bouquin a valu à son auteur une mise à pied et un procès pour non respect du devoir de réserve…

Et pourtant, l’administration n’a pas attaqué Zoé Shépard pour diffamation, non, non, tout ce qu’elle a écrit est donc vrai. L’administration l’a attaquée pour ce devoir de réserve qui oblige tout fonctionnaire à bien fermer sa mouille en ce qui concerne la vie de l’administration sus-mentionnée et de ses agents, surtout les gros.

Bref.

Ce bouquin est une tuerie!

Je lui reprocherais juste la répétition trop rapprochée du terme « aréopage », qui, à la longue est casse-couilles!

Mais, sinon, quel régal. Chaque agent peut s’y reconnaître (et ce n’est pas franchement flatteur), chacun y verra évidemment son chef, sa collègue débile, son supérieur neu-neu, la pétasse, son big boss lubrique… Tout y est.

Je te dis, par contre, si tu n’es pas fonctionnaire territorial, ne lis pas ce livre, ça ne va te donner que de stériles envies de meurtre, ça ne serait pas productif et ça ne va pas te faire rire! Alors que nous, agents de la FPT, nous savons nous moquer de nous-mêmes!

Si si!

Bref; c’est un régal ce bouquin, et sur la plage, dans le train, en attendant l’avion, que sais-je encore, c’est une pure bombe qui fait franchement un bien fou (sauf pour les nerveux, qui auront sans doute des envies de hurler).

21 avril, 2010

Potemkine

Classé dans : tu l'as lu toi? — garofanorosso @ 12:27

Le 13 mars dernier, tu le sais, Jean Ferrat disparaissait.

Comme bon nombre de Français, je pense, j’ai chouiné en réécoutant La Montagne (d’ailleurs, je me demande si cette chanson ne m’a pas poussée plus avant encore dans mon désir de verdure et de vérité plutôt que de poulet aux hormones dans mon hlm…)

Bien.

J’ai eu aussi les poils au garde à vous en entendant Ma France, qui répond toujours du nom de Robespierre et Nuit et Brouillard aussi, bien évidemment.

Et j’ai eu envie, à l’écoute de « Potemkine » de lire – enfin – le bouquin que mon père, à l’âge de 16 ans (oui oui), avait lu : La Mutinerie du Cuirassé Potemkine, de Richard Hough.

potemkine.jpg

 Je viens de le finir, à l’instant, au soleil.

Oui, j’ai mis plus d’un mois pour lire les 215 pages du livre, mais bon, faut dire qu’entre temps, j’ai eu, comment dire, autre chose à faire!

Bref.

Alors, ce bouquin?

Bien. Très facile à lire, presque plat en fait, sans passion, sans prise de position, sans avis. Juste les faits. Ce bouquin a été écrit en 1960, soit 55 ans après les faits, en pleine Guerre Froide encore. On peut y lire, simplement, les faits qui ont conduit quelques dizaines de marins russes à se soulever sur le cuirassé Potemkine, fleuron de la flotte russe, le plus puissant bateau de guerre de l’époque.

On y lit aussi le déroulement de la mutinerie, les officiers jetés à la mer, les questionnements des meneurs, leur vision des choses, leurs contraintes aussi, le suivisme de la plupart des matelots, et puis, la fin de la mutinerie, au bout de quelques jours (du 27 juin au 11 juillet 1905 précisément). On n’est jamais happé par un quelconque enthousiasme pro ou anti-mutins. Non, l’auteur est d’une platitude tout à fait nécessaire pour relater ce genre de faits.

Parce que, même si Ferrat nous en a fait un hymne à la révolte: « ils tournèrent leurs carabines, Potemkine », en fait, cette mutinerie est née très simplement : des asticots dans la viande servant à nourrir l’équipage du navire.

Face à cette situation, quelques meneurs ont décidé de se retourner en effet contre leurs officiers qui menaçaient de faire fusiller pour l’exemple les marins les plus agités. Ainsi naissait la mutinerie du Potemkine.

Elle finira presque dans les mêmes conditions : pas de soutien à terre, manque de charbon pour le navire, manque d’eau douce, manque de nourriture.

Bref.

Si tu veux en savoir plus sur cet épisode, qui aurait pu être, en effet, la base de la révolution russe, avec 12 ans d’ avance, mais qui finalement ne fut qu’une révolte de marins, lis ce bouquin.  Il est simple, rapide et très clair. Impeccable en somme.

Bon, le symbole en prend un sacré coup, mais parfois, l’histoire a besoin de se remettre les idées au clair!

12
 

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