Garofano Rosso

28 octobre, 2011

Destouches de décroissance?

Classé dans : vite dit — garofanorosso @ 10:09

Comme je l’indiquais dans le papier consacré à Résurrection, je me suis replongée avec délectation dans le Voyage de Céline.

Céline, si décrié pour ses positions de gros connard raciste et antisémite sulfureuses pendant la 2ème Guerre, a pourtant publié en 1932 un monument avec son Voyage au bout de la nuit. J’avais oublié à quel point ce livre était bon, avec sa langue parlée argotique si riche et ses idées si virulentes contre la guerre, les officiers, les politiques.

Bref, ce bouquin est simplement génial, je le savais, je le confirme. Cela évidemment ne dédouane pas Céline de sa connerie profonde ni de ses idées émétiques, tout ça parce que sa nana s’est tirée avec un Juif (comment ça je réduis un peu vite??? Oh, je te l’ai dit que j’étais le mètre étalon de la mauvaise foi, ça marche pour tout!! ).

Mais en plus de tout ça, j’y ai trouvé quelque chose qui a résonné de façon tout à fait singulière dans ma cervelle. Une chose que j’avais formulée dans mon for intérieur et que j’ai retrouvée dans mon for extérieur en lisant ce bouquin: la description par Céline de la voracité stupide et vaine des hommes, qui vivent comme s’ils étaient immortels. Posséder, toujours et encore, avoir toujours plus, comme si on allait traîner ses biens avec soi dans son cercueil. Je l’ai trouvé, en pages 52 et 53, je te le livre:

« Rien ne restait du village, de vivant, que des chats effrayés. Les mobiliers bien cassés d’abord, passaient à faire du feu pour la cuistance, chaises, fauteuils, buffets, du plus léger au plus lourd. Et tout ce qui pouvait se mettre sur le dos, ils l’emmenaient avec eux, mes camarades. Des peignes, des petites lampes, des tasses, des petites choses futiles, et même des couronnes de mariée, tout y passait. Comme si on avait encore eu à vivre pour des années. Ils volaient pour se distraire, pour avoir l’air d’en avoir encore pour longtemps. Des envies de toujours. Le canon pour eux c’était que du bruit. C’est même à cause de ça que les guerres peuvent durer. Même ceux qui la font, en train de la faire, ne l’imaginent pas. La balle dans le ventre, ils auraient continué à ramasser de vieilles sandales sur la route, qui pouvaient « encore servir ». Ainsi le mouton, sur le flanc, dans le pré, agonise et broute encore. »

Posséder pour vivre, vivre pour posséder…

Bien entendu, là, dans ce contexte, la mort pouvait débarouler dans la seconde, avec un obus dans la tronche, ou une rafale de mitrailleuse, certes, mais nous, là, aujourd’hui en 2011, on est donc devenus immortels? Ah? Je l’ignorais. Un AVC, une rupture d’anévrisme, un pancréas cancéreux, une collision avec un 38 tonnes au petit matin, et tu y passes aussi au trou, aussi sûrement que si tu rencontrais de façon fortuite un obus de 75. 

Mais moi, j’dis ça, j’dis rien… (je ressortirai peut-être ce papier pour les soldes).

2 réponses à “Destouches de décroissance?”

  1. jean-marie dit :

    bonjour Florence,
    excellent ton article !
    même dans ta « mauvaise foi »
    je viens de découvrir un écrivain américain un peu du même acabit (mais pas de la même envergure) dans la haine : Forrest Carter (Pleure Géronimo)
    de grands écrivains mais de petits hommes…
    amicalement
    jean-marie

  2. garofanorosso dit :

    merci pour le compliment, ça me touche beaucoup.

    et merci aussi pour les conseils litteraires !
    j’ai vu ton papier sur geronimo chez toi ce matin

    amitiés

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