Garofano Rosso

11 octobre, 2011

Du paradoxe (oui, encore!)

Classé dans : mens sana in corpore sano?? ah ouais! — garofanorosso @ 10:22

Comment te dire, cher ami des fleurs, pour que tu ne tombes pas des nues en voyant que la réalité de ta dévouée n’est pas aussi spendide, sublime et resplendissante que tu pouvais le penser (ne nie pas, je le sais…)?

Comment te dire… donc. Je suis écolo, ça tu le sais, c’est d’ailleurs pour cela que chaque matin tu immoles une poignée de gruau d’avoine à ma gloire, je suis écolo, mais jusqu’à très récemment, je n’étais qu’un ersatz d’écolo en fait, car, jusqu’à récemment, alors que ma maman pensait que c’était fini depuis le 24 avril 2006, ben, je fumais encore.

Aaaaaaah, je vois les larmes perler au coin de ton oeil gauche, tu t’es déjà crevé le droit en lisant ces lignes, mais la douleur est moins vive que ta déception, comme je te comprends.

Je fumais donc. Mon parcours de fumeuse est cahotique: commencé à l’âge de 19 ans, celui-ci s’est interrompu moult fois (8) pour des durées allant de 3 jours et 1 an et demi. La dernière fois, donc, j’ai tenu du 24 avril 2006 à la mi octobre 2007. Et j’ai replongé, comme un seul homme (la semaine complète durant laquelle j’ai fêté mes 30 ans n’y est pas tout à fait étrangère).

Mes convictions d’écolo cependant, me taraudaient ces dernières années, évidemment! Comment se prétendre écolo et fumer? Incompatibilité totale : c’est bien la peine de faire la chasse à l’huile de palme pour s’encrasser les poumons avec des agents de saveur et de texture à l’arsenic, bien la peine de trier les coquilles de noix pour jeter des filtres de clopes indestructibles, bien la peine de promouvoir le commerce local et de faire venir ce poison depuis les States, bien la peine de crier haro sur les patrons de boîtes côtées en bourse et de remplir les fouilles de marchands de mort, bien la peine de passer sa paye dans des shampoings bio et de s’encrasser les cellules à grand renfort de goudron … Les paradoxes se déclinent ainsi à l’infini.

Bref, un écolo, s’il est sincère, ne PEUT, ne DOIT pas fumer, c’est totalement antinomique. Oui, c’est un jugement à l’emporte-pièce, j’assume.

Mais c’est une drogue tellement dure, que toutes les convictions du monde fondent comme neige au soleil devant les hurlements des récepteurs de nicotine.

Sauf que, tu le sais, cet été, la clope a tué une de mes meilleures amies. Elle fumait des brunes depuis l’âge de 13 ans. Elle a joué, elle a perdu. La douleur est toujours vive, le vide est toujours prégnant, là, au fond de mon bide. Mais sa mort m’a libérée de la clope. J’ai cessé toute consommation depuis le 1er septembre, et déjà, les quelques jours précédents, le paquet pouvait passer la journée complètement vierge. J’ai arrêté le 1er septembre, je me suis dit que c’était facile à retenir comme date.

C’était le jour du retour de vacances, précédent 3 jours dans ma famille picarde où personne ne fume et n’a jamais fumé. Un sevrage net mais qui est passé comme une lettre à la poste. Et surtout, une sensation encore jamais ressentie, encore jamais formulée dans ma cervelle: la liberté.

Les 7 fois précédentes, dès que j’arrêtais de fumer, on m’arrachait quelque chose, un plaisir, une attitude, il me manquait quelque chose. Cette fois -je ne dis pas que je tiendrai longtemps -  j’ai eu la sensation intime de GAGNER quelque chose: ma liberté. Cette sensation m’est apparue comme on prend une calotte sur le coin de la tronche. « Je suis libre », c’est ce que je me suis dit. Libérée de ce besoin de fumer, libérée de cet esclavage de mes récepteurs nicotiniques, débarrassée de la nécessité impérieuse de trouver un tabac ouvert le dimanche, d’avoir des clopes sur moi, du feu… Libre.

Et puis, les effets physiques se sont fait sentir aussitôt: dès que j’ai repris le boulot, me rendant au bureau à vélo, quel bonheur de ne pas cracher ses poumons dès le premier faux plat, quelle joie aussi de pouvoir assurer sans faiblir 3 heures de fitness à la suite* sans avoir la sensation qu’on vous arrache chaque parcelle de vos boyaux à la tenaille, quelle joie de ne plus décoller les papiers peints avec l’haleine du matin au réveil, quelle satisfaction de voir la couleur rose de sa langue et pas une espèce de machin épais et jaune, ô bonheur que de pouvoir parler tout en grimpant avec entrain une côté caillouteuse!

Bref. Pour la toute première fois dans ma vie de fumeuse-ex-fumeuse, je me sens libre. J’ai franchi sans même m’en rendre compte le premier mois, je ne compte même pas les jours. C’est comme si ça avait toujours été ainsi.

Et les rêves. Quand tu arrêtes de fumer, tu rêves que tu fumes. Ca me l’a fait à chaque arrêt. Là, non. Signe que mon inconscient sait qu’il n’y a aucun manque. Mais plus encore. La nuit dernière j’ai rêvé que j’engueulais comme du poisson pourri un type qui allumait une cigarette dans une église lors de l’enterrement d’un bébé (oui, bon, mon inconscient n’a pas encore réglé TOUS ses problèmes, et la mort qui rôde sans cesse autour de moi n’aide pas… mais ce n’est pas le sujet).

J’ai la sensation de n’avoir jamais été fumeuse.

Quand j’aurai replongé, ça me fera marrer, tiens, de relire tout ça….

Bref.

Et puis, évidemment, je sais que si je devais rallumer une tige, je verrais apparaître le visage de ma copine décédée cet été, qui me dirait « ça ne t’a pas servi de leçon? », et je repenserais sans aucun doute à la sensation atroce que j’ai eue quand j’ai touché sa peau au funerarium: glacée et raide. Aucune clope ne pourra effacer ça.

Donc, voilà. Me voici à présent en accord avec mes principes.

Allez, tu peux ôter ce noeud coulant de ta nuque et filer chez l’ophtalmo, le Garofano est de retour!!!

* c’était ça ou l’alcoolisme, j’ai choisi le fitness!

4 réponses à “Du paradoxe (oui, encore!)”

  1. jean-marie dit :

    bonjour, ma chère Florence,
    bravo,
    félicitations !
    courage, tu y parviendras !
    si tu veux sourire un peu et si tu as le temps…
    http://www.passage1.com/article-12044903.html
    et suite
    JM c’est moi en 68-69 !!!
    pas d’obligation bien sûr… simplement pour sourire !
    amicalement
    jean-marie

  2. garofanorosso dit :

    merci Jean Marie.
    je t’annonce tout de suite que je me rends quasi quotidiennement sur ton blog, et jamais par obligation!
    j’y vais donc de ce pas

  3. ksk dit :

    Ah tient marrant je fume aussi mais manifestement pas les mêmes quantités que toi. Clops roulées (au moins c’est dégradable) et rarement plus de trois par jour. Bon le mieux serait de ne rien fumer mais… peut-être un jour… En tout cas félicitations !

  4. garofanorosso dit :

    ah moi c’est pas compliqué, c’est un paquet par jour ou rien!
    je suis une pure toxico.
    mais en effet, ces derniers mois, je m’étais remise aux roulées, de la marque Fleur du Pays, du tabac « bio » parait il.
    mais j’aime autant ne pas fumer du tout, autant que possible.
    pourvu que ça dure!!

Laisser un commentaire

 

Café Philo Sophia - Maison ... |
b2igibiireponse |
promo afpa grec 2010 |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Sociologie:Système L.M.D
| Collège Notre Dame
| LEGOVORE-STARWARS